L'intelligence artificielle a 70 ans, et elle est déjà dans nos poches
D'Alan Turing à ChatGPT, retour sur une technologie qui s'invite désormais dans le quotidien des Gabonais.
On la croit toute jeune, née avec les smartphones dernier cri. Pourtant l'intelligence artificielle fête ses soixante-dix ans passés. À Libreville comme ailleurs, elle rédige des messages, traduit des textes et répond à des questions, souvent sans que son utilisateur s'en rende vraiment compte.

Elle tient dans la poche de millions de Gabonais, coincée entre l'appli de banque mobile et les photos de famille. Beaucoup pensent découvrir une nouveauté sortie d'un laboratoire californien il y a deux ou trois ans. En réalité, l'histoire commence bien plus tôt, sur un tableau noir britannique.
Une question posée en 1950
Tout part d'une interrogation du mathématicien Alan Turing : une machine peut-elle penser ? En 1956, lors d'une conférence tenue à Dartmouth, aux États-Unis, des chercheurs donnent un nom à cette idée : l'intelligence artificielle. C'est le vrai point de départ d'une aventure scientifique qui va traverser sept décennies, avec ses coups d'accélérateur et ses longues pannes.
Car l'histoire n'a rien d'une ligne droite. Pendant des années, les chercheurs ont voulu enseigner aux machines des règles fixes, comme on donnerait une liste de consignes à suivre à la lettre. Le monde réel s'est révélé trop compliqué pour ça, et l'IA a connu plusieurs périodes de ralentissement que les spécialistes appellent, avec un brin d'humour noir, les hivers de l'IA.
Apprendre comme un enfant apprend une mangue
Le déclic est venu d'un changement de méthode. Plutôt que d'imposer des règles, les scientifiques ont commencé à montrer aux machines des millions d'exemples. La machine apprend alors par imprégnation, un peu comme un enfant qui finit par reconnaître une mangue après en avoir vu et touché plusieurs. Cette bascule a ouvert la voie à tout ce qui allait suivre.
2022 marque le tournant qui a rendu la technologie visible pour le grand public. Avec l'arrivée de ChatGPT, l'intelligence artificielle dite générative sort des laboratoires et se retrouve entre toutes les mains, y compris au Gabon. Un simple smartphone suffit désormais pour rédiger un texte, traduire un document ou obtenir une réponse à une question, en quelques secondes.
Ce que ça change, très concrètement
À Libreville, à Port-Gentil ou à Franceville, des élèves s'en servent pour préparer un exposé, des commerçants pour rédiger une annonce, des employés pour traduire un courrier professionnel. L'outil ne remplace pas la réflexion, mais il fait gagner un temps que beaucoup n'imaginaient pas récupérer aussi facilement il y a encore cinq ans.
Derrière l'écran d'un téléphone gabonais tourne donc une technologie née de questions posées bien avant l'indépendance du pays. Elle a mis soixante-dix ans à trouver sa place dans le quotidien. Elle ne demande, en somme, qu'à être bien utilisée.
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