Économie

652 milliards FCFA envoyés par la diaspora camerounaise : et si le Gabon s'en inspirait ?

Une étude camerounaise veut transformer l'argent envoyé par les expatriés en épargne longue, un modèle qui interroge aussi le Gabon.

Chaque année, les Camerounais installés à l'étranger envoient des sommes colossales à leurs familles restées au pays : environ 652 milliards FCFA sur la dernière période, en hausse de 8%. Un organisme public camerounais veut désormais capter une partie de cet argent pour créer une épargne durable plutôt qu'une simple dépense du quotidien. Une piste qui mérite d'être regardée depuis Libreville, où la diaspora gabonaise joue elle aussi un rôle discret mais bien réel.

Main tenant un téléphone affichant une application de transfert d'argent international.
Les transferts de la diaspora représentent une manne financière essentielle mais rarement transformée en épargne durable.

Ils sont infirmiers à Lille, chauffeurs de taxi à Marseille, ingénieurs à Douala eux-mêmes venus d'ailleurs, ou petits commerçants à Libreville. Chaque mois, une partie de leur salaire repart au pays, dans une enveloppe, sur un compte mobile, via un virement bancaire. Selon nos informations, ce mouvement discret a représenté environ 1,2 milliard de dollars pour le seul Cameroun, soit près de 652 milliards FCFA, une progression de 8% en un an.

Cet argent-là ne fait jamais la une. Il paie les factures d'électricité, les frais de scolarité, une opération médicale imprévue, parfois un toit. Il est, pour beaucoup de familles, plus fiable qu'une aide publique et plus rapide qu'un crédit bancaire.

Un pactole qui file entre les doigts

Le problème, souligné par les experts qui ont planché sur la question, c'est que cette manne est presque entièrement absorbée par les dépenses courantes. Elle nourrit le quotidien mais ne construit rien sur la durée : pas de retraite, pas d'investissement, pas de matelas de sécurité pour les années difficiles.

C'est ce constat qui a poussé la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC), un établissement public, à organiser récemment une restitution au Hilton de Yaoundé. À l'ordre du jour : le projet DIASDEV, une étude de faisabilité pour un produit d'épargne réglementé, pensé spécifiquement pour les Camerounais de l'étranger.

L'idée : transformer l'envoi d'argent en épargne

Concrètement, l'objectif est de proposer à la diaspora un placement sécurisé, encadré par l'État, plutôt que de laisser cet argent se disperser dans les dépenses immédiates. Une partie des fonds envoyés pourrait ainsi être orientée vers de l'épargne longue, avec les garanties d'un organisme public plutôt que celles, parfois floues, de circuits informels.

Il s'agit à ce stade d'une étude de faisabilité, pas encore d'un produit lancé sur le marché. Mais le signal envoyé est clair : les diasporas africaines ne sont plus vues seulement comme des pourvoyeuses de fonds ponctuelles, mais comme des partenaires potentiels du développement de leur pays d'origine.

Et pour le Gabon, dans tout ça ?

La diaspora gabonaise, plus modeste en nombre que la camerounaise, envoie elle aussi chaque mois de l'argent depuis la France, les États-Unis ou d'autres pays de la sous-région. Ces flux, souvent invisibles dans les statistiques nationales, participent pourtant à l'économie des familles, du BTP informel aux petits commerces de quartier.

L'expérience camerounaise pose une question simple : et si une partie de cet argent gabonais pouvait, lui aussi, être orienté vers de l'épargne plutôt que d'être consommé aussitôt reçu ? Un produit d'épargne pensé pour la diaspora gabonaise, avec des garanties publiques, pourrait offrir une alternative crédible aux transferts informels, tout en donnant à ceux qui vivent loin un moyen concret de préparer leur retour ou celui de leurs enfants.

Rien n'indique aujourd'hui qu'une initiative similaire soit engagée au Gabon. Mais le succès ou l'échec du projet DIASDEV, une fois ses résultats connus, donnera un premier indicateur utile pour juger de la pertinence d'une telle démarche dans notre propre pays.

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