Société

À Libreville, des chercheurs planchent sur des matériaux made in Gabon

Trois jours pour repenser ce que le pays fabrique avec ses propres ressources.

Du 17 au 19 juillet, Libreville accueille la 4ᵉ édition des Journées scientifiques de l'Institut de recherches technologiques, rattaché au Cenarest. Chercheurs, industriels et universitaires y discutent des éco-matériaux et de la capacité du Gabon à produire chez lui ce qu'il importe encore massivement. Un rendez-vous technique, mais qui touche à quelque chose de très concret : d'où viennent les matériaux qu'on utilise tous les jours, et qui les fabrique.

Salle de conférence avec participants aux Journées scientifiques de l'IRT à Libreville
Les Journées scientifiques de l'IRT réunissent chercheurs et industriels à Libreville du 17 au 19 juillet.

Pendant trois jours, dans la capitale, des blouses blanches et des costumes se croisent pour parler d'un sujet qui dépasse largement les laboratoires. L'Institut de recherches technologiques (IRT), une structure du Cenarest, organise la quatrième édition de ses Journées scientifiques, avec un mot d'ordre clair : rapprocher la recherche du terrain économique et industriel gabonais.

Des matériaux écologiques pensés ici

Au cœur des échanges, la question des éco-matériaux : des matériaux de construction ou industriels conçus pour peser moins lourd sur l'environnement, souvent à partir de ressources locales renouvelables. Pour un pays couvert à près de 88% de forêt, l'enjeu n'est pas anodin. Il s'agit de savoir si le bois, les fibres végétales ou d'autres ressources gabonaises peuvent remplacer, en partie, des matériaux importés à grands frais.

Derrière ce vocabulaire technique se cache une réalité que beaucoup de Gabonais connaissent sans la nommer : le ciment, l'acier, certains isolants coûtent cher parce qu'ils viennent de loin. Réussir à produire localement des alternatives fiables, ce serait desserrer un peu cette dépendance.

La souveraineté industrielle, un mot qui parle aux entreprises

L'autre fil rouge de ces journées porte un nom plus politique : la souveraineté industrielle. En clair, la capacité d'un pays à transformer lui-même ses matières premières plutôt que de les exporter brutes pour racheter ensuite des produits finis fabriqués ailleurs. Le Gabon, riche en bois, en manganèse ou en minerais divers, connaît bien ce paradoxe : exporter la matière, importer l'objet fini.

C'est précisément ce que ces journées scientifiques tentent d'interroger, en réunissant autour de la même table des chercheurs qui ont les idées et des industriels qui ont les moyens de les tester. Un rapprochement pas toujours évident entre le monde académique et celui de l'entreprise, mais que l'IRT présente comme une nécessité pour que la recherche gabonaise ne reste pas dans les tiroirs.

Ce que ça peut changer, concrètement

Pour l'instant, aucune annonce de produit fini ou d'usine ne sort de ces échanges : il s'agit d'un espace de débat et de mise en réseau, pas d'un plan industriel immédiat. Mais ces rencontres servent souvent de tremplin à des projets pilotes, des partenariats entre laboratoires et entreprises, ou des orientations pour les financements de recherche à venir.

Pour les habitants, l'impact ne se verra pas demain matin. Mais si une partie de ces travaux aboutit, cela pourrait, à terme, se traduire par des matériaux de construction moins chers ou plus adaptés au climat gabonais, et par des emplois liés à une transformation locale plutôt qu'à la seule extraction. Un pari sur le temps long, porté par une poignée de chercheurs qui espèrent que Libreville ne sera pas seulement le lieu du débat, mais celui du démarrage.

À lire aussi