Société

Au Gabon, on dépense plus pour un cercueil que pour un scanner

Une tribune interroge nos priorités : pourquoi tant de faste pour les morts et si peu de moyens pour les vivants malades ?

Une tribune publiée récemment relance un débat que beaucoup de familles gabonaises connaissent en silence : celui du coût, parfois écrasant, des obsèques face au manque de moyens pour se soigner. Son auteur, un ingénieur retraité, pointe une contradiction douloureuse dans nos habitudes collectives.

Illustration évoquant la solidarité familiale gabonaise autour d'un moment de deuil.
Le coût des obsèques interroge les priorités des familles gabonaises face aux dépenses de santé.

Il y a une phrase qui claque et qui dérange : nous enterrons nos morts mieux que nous ne soignons nos vivants. Elle vient d'une tribune signée par un ingénieur retraité de l'aviation, ancien directeur général de l'Agence nationale de l'aviation civile, qui a choisi de mettre des mots sur un malaise que beaucoup de familles vivent sans jamais l'exprimer publiquement.

Son constat part d'une tradition respectable. Dans les sociétés bantoues, accompagner un défunt avec dignité, entourer les proches endeuillés, rendre hommage à celui qui s'en va : ce sont des rites de communion et de recueillement, profondément ancrés. Le problème, selon l'auteur, c'est ce que ces rites sont devenus.

Quand l'hommage devient une course à la dépense

Combien de familles gabonaises ont dû vendre un terrain, emprunter, s'endetter sur des mois pour financer des obsèques jugées « à la hauteur » du défunt ? La tribune ne cite pas de chiffres précis, mais elle décrit une dérive largement partagée par ceux qui ont déjà organisé ou assisté à des funérailles au pays : cercueils onéreux, cortèges impressionnants, réceptions coûteuses, parfois plus soignées que n'importe quelle prise en charge médicale du vivant de la personne.

L'auteur ne condamne pas la solidarité familiale ni le devoir de mémoire. Il interroge plutôt un déséquilibre : pourquoi mobiliser tant d'argent et d'énergie une fois que la personne n'est plus là, quand ce même effort, engagé plus tôt, aurait pu financer des soins, des examens, une hospitalisation ?

Ce que ça change, concrètement, pour les familles

Cette réflexion touche un point sensible du quotidien gabonais : l'accès aux soins reste, pour beaucoup, une question d'argent disponible dans l'instant. Un scanner, une opération, un séjour en réanimation peuvent coûter des sommes que peu de familles ont sous la main — alors que ces mêmes familles trouveront, après le décès, les moyens d'organiser des obsèques dignes.

La tribune ne propose pas de solution miracle, mais elle pose une question que chacun peut se poser à son échelle : et si une part de ce qu'on met de côté « pour le jour où » servait aussi à soigner, avant qu'il ne soit trop tard ? Ce texte, à défaut de trancher, ouvre un débat que beaucoup de foyers gabonais connaissent de l'intérieur, souvent sans jamais en parler à voix haute.

Reste que ce genre de réflexion, portée par une personnalité au parcours reconnu, a le mérite de nommer un tabou. Et parfois, nommer un problème est déjà un premier pas vers son traitement.

À lire aussi