Société

Baposso, le village de la Ngounié que le temps a oublié

À une cinquantaine de kilomètres de Mbigou, sept villages tournent autour d'un bourg sans école, sans réseau et presque sans avenir.

Il fut un temps où Baposso attirait les élèves et les commerçants de toute la région. Aujourd'hui, dans ce coin reculé de la Boumi-Louetsi, l'école a fermé ses portes, les téléphones ne captent plus rien et les plantations, seule ressource des familles, se dégradent. Un cri d'alarme monte de ce village qui se sent abandonné.

Piste en terre menant à un village rural entouré de végétation dense en Ngounié.
Baposso, dans la Boumi-Louetsi (Ngounié), fait face à la disparition progressive des services publics.

À une cinquantaine de kilomètres de Mbigou, dans le département de la Boumi-Louetsi, en Ngounié, Baposso n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. Ce village regroupait autrefois sept localités autour de lui, attirées par son école et son marché. C'était un pôle, un repère. Aujourd'hui, c'est un point qui s'efface petit à petit de la carte des services publics.

Une école fermée, des enfants sans classe

Le premier signal, le plus visible, c'est la fermeture de l'école du village. Pour les familles de Baposso et des localités voisines, cela signifie une chose très concrète : envoyer les enfants ailleurs, parfois loin, ou renoncer purement et simplement à leur scolarisation. Dans une zone déjà isolée, chaque kilomètre supplémentaire pour rejoindre une classe pèse sur le quotidien des parents et sur l'avenir des plus jeunes.

Ce n'est pas un détail administratif. Une école qui ferme dans un village comme Baposso, c'est souvent le début d'un exode silencieux : les familles qui peuvent partir, partent. Celles qui restent s'organisent comme elles peuvent, ou abandonnent.

Coupé du reste du pays

Autre réalité qui pèse lourd sur le village : l'absence totale de réseau téléphonique. Concrètement, cela veut dire pas d'appel en cas d'urgence médicale, pas de nouvelles rapides de la famille installée à Libreville ou Mouila, pas d'accès à l'information qui circule ailleurs en quelques secondes sur un smartphone.

Dans un pays où le téléphone mobile est devenu l'outil du quotidien, pour appeler un médecin, suivre les cours d'un marché ou simplement rassurer ses proches, Baposso vit avec cette coupure comme une double peine : l'éloignement géographique s'ajoute à l'éloignement numérique.

Des plantations qui se dégradent

À ces difficultés s'ajoute un autre coup dur pour les habitants : la dégradation des plantations, principale source de revenus dans cette zone rurale. Pour des familles qui vivent essentiellement de leurs cultures, chaque parcelle perdue ou moins productive se traduit directement par moins de nourriture sur la table et moins d'argent pour payer les frais scolaires des enfants restés au village, ou pour les rares déplacements vers Mbigou.

Ce cumul de fragilités, école fermée, communication coupée, agriculture en difficulté, dessine le portrait d'un village qui tient encore, mais sur le fil.

Et maintenant, qu'est-ce qu'on attend pour Baposso ?

Le cri d'alarme lancé par les habitants de Baposso pose une question simple : comment redonner à ce village les moyens de vivre normalement ? Une école qui rouvre, une antenne relais qui capte, un accompagnement pour les plantations, ce sont des mesures concrètes, pas des miracles, qui pourraient changer le quotidien de plusieurs centaines de personnes réparties sur sept localités.

Baposso n'est pas un cas isolé. Il rappelle que le désenclavement du Gabon rural reste un chantier permanent, où chaque village compte, et où l'attente se mesure en années de scolarité perdues et en récoltes qui s'amenuisent.

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