Société

Bientôt un statut légal pour les rois et chefs traditionnels du Gabon

Un projet de texte remis au Garde des Sceaux veut donner un cadre juridique aux chefferies traditionnelles.

Une délégation de rois et chefs traditionnels, conduite par le roi agungu mpongwé Louis Paul Eliwatchango, a remis mardi au ministre de la Justice un projet de texte destiné à créer une structure juridique pour les chefferies traditionnelles du Gabon. Un document de plus d'une cinquantaine de pages qui pourrait, à terme, changer le statut de ces figures respectées dans les villages et les quartiers.

Chef traditionnel gabonais en habits cérémoniels lors d'une cérémonie coutumière
Les chefferies traditionnelles gabonaises espèrent obtenir un cadre légal reconnaissant leur rôle auprès de l'État.

Dans les villages comme dans certains quartiers des grandes villes gabonaises, le roi ou le chef traditionnel reste une figure d'autorité morale, souvent sollicitée pour trancher un différend familial ou bénir une cérémonie. Pourtant, cette fonction n'a jamais eu de véritable existence légale. C'est ce vide que les chefferies traditionnelles espèrent combler.

Un texte né d'un engagement pris en juin

La démarche ne date pas d'hier. Le 5 juin dernier déjà, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux et chargé des Droits humains, Augustin Emane, avait reçu ces mêmes représentants des chefferies. À l'issue de cet échange, les chefs traditionnels s'étaient engagés à produire un projet de texte capable d'encadrer leur existence, leurs missions et leurs obligations. Six semaines plus tard, l'engagement a été tenu : le document a été déposé entre les mains du ministre.

Selon le roi Eliwatchango, la démarche répond à une distinction simple mais essentielle à ses yeux. Il y a ceux qui gouvernent avec les lois humaines, et il y a ceux qui soutiennent spirituellement le pays, a-t-il résumé devant le ministre. Une manière de rappeler que les chefferies ne cherchent pas à concurrencer l'État, mais à voir reconnu un rôle qu'elles estiment complémentaire.

Ce que prévoit concrètement le projet

Le texte, structuré en plusieurs annexes, s'attarde notamment sur le processus de désignation et d'intronisation d'un roi, en s'appuyant sur les us et coutumes propres à chaque clan et tribu. Il prévoit aussi des enquêtes de moralité menées par les services spéciaux avant toute intronisation officielle. L'objectif affiché est d'instaurer davantage d'ordre et de discipline dans les rangs des chefferies, pour que l'État puisse les reconnaître en toute confiance.

Ce garde-fou n'est pas anodin : dans certaines localités, des contestations autour de titres traditionnels ont parfois créé des tensions locales. Un cadre clair sur la désignation pourrait limiter ces frictions et sécuriser la légitimité de ceux qui portent ces titres.

Et maintenant ?

Le projet est désormais entre les mains des techniciens de la loi, au ministère de la Justice. Rien n'indique à ce stade de calendrier précis pour son examen ou son adoption : le texte doit encore être étudié, discuté, possiblement amendé, avant toute suite législative éventuelle.

Pour les familles et les villages concernés, l'enjeu est concret : un roi ou un chef traditionnel officiellement reconnu par l'État verrait sa parole et ses décisions gagner en poids, notamment dans la gestion des terres coutumières ou la résolution de conflits communautaires. De quoi, espèrent les chefferies, renforcer la cohésion sociale qu'elles disent porter depuis toujours.

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