Société

Déguerpissements à Libreville : la loi peut-elle avancer sans écraser les familles ?

La Mairie de Libreville annonce une opération contre les occupations illicites du domaine public, ravivant un débat aussi vieux que la capitale : comment faire respecter la loi sans jeter des familles à la rue ?

La Mairie de Libreville a annoncé une opération visant les occupations illicites du domaine public. Sur le papier, c'est une question d'urbanisme. Dans la réalité des quartiers, c'est souvent une question de toit, de commerce et de survie pour des familles entières. Le débat, lui, ne date pas d'hier.

Rue d'un quartier populaire de Libreville bordée d'habitations et de petits commerces.
À Libreville, l'occupation du domaine public reste un sujet sensible, entre impératif d'urbanisme et réalités sociales.

Une annonce, et déjà des questions

La municipalité de Libreville a fait savoir qu'elle entend procéder à des déguerpissements visant les installations jugées illégales sur le domaine public. Selon nos informations, l'opération cible les occupations qui empiètent sur des espaces censés rester libres : trottoirs, emprises routières, terrains publics détournés au fil des années.

Sur le fond, personne ne conteste que la loi doit s'appliquer. Le domaine public appartient à tous, pas à qui s'y installe le premier. Mais dans une ville comme Libreville, où le foncier est rare et où beaucoup de familles n'ont jamais eu accès à un titre de propriété, la frontière entre « occupant illégal » et « habitant sans autre solution » est parfois très fine.

Le poids du passé sur le présent

Ce n'est pas la première fois que la capitale gabonaise est confrontée à ce dilemme. Des quartiers entiers se sont construits, décennie après décennie, sur des terrains dont le statut juridique reste flou aux yeux de leurs propres occupants. Beaucoup ont bâti leur maison, ouvert leur petit commerce, élevé leurs enfants là, sans jamais imaginer qu'un jour, la légalité viendrait rattraper leur quotidien.

La question posée aujourd'hui dépasse le strict urbanisme. Elle touche à la justice sociale : peut-on exiger d'un citoyen qu'il respecte une règle dont il n'a, bien souvent, jamais eu les moyens de comprendre ni d'anticiper les conséquences ? La loi a raison sur le principe. Mais l'application brute de cette loi, sans accompagnement, peut transformer une décision administrative en drame humain.

Ce que ça change pour les Librevillois

Pour les commerçants installés sur ces espaces, un déguerpissement signifie souvent la perte d'un gagne-pain du jour au lendemain. Pour les familles, cela peut vouloir dire chercher un toit dans l'urgence, sans garantie de relogement. C'est là que se joue, concrètement, la différence entre une opération d'assainissement urbain réussie et une opération vécue comme une punition.

À ce stade, les modalités précises de l'opération annoncée par la Mairie de Libreville — calendrier, zones concernées, mesures d'accompagnement éventuelles — n'ont pas été détaillées publiquement. Nous les suivrons avec attention, car c'est bien dans ces détails que se mesurera l'équilibre entre fermeté légale et considération humaine.

Ce qu'il faut retenir

L'idée de remettre de l'ordre dans l'occupation du domaine public à Libreville n'a rien d'illégitime : une ville qui fonctionne a besoin d'espaces publics dégagés, de trottoirs praticables, de voies libres. Mais l'histoire récente de la capitale a montré que la manière compte autant que le fond. Un déguerpissement accompagné, préparé, expliqué, n'a pas le même visage qu'une expulsion brutale et sans recours.

Les prochaines semaines diront si cette opération saura concilier les deux exigences : celle de la loi, et celle, tout aussi légitime, de ne pas sacrifier des vies déjà fragiles sur l'autel de la conformité administrative.

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