Évaluer l'État : une exigence, pas une formalité
Une réflexion publique appelle à transformer l'évaluation des politiques publiques en véritable obligation, loin du simple rapport annuel.
Faut-il continuer à évaluer l'action publique comme on remplit un formulaire, ou en faire un outil qui change vraiment le quotidien des Gabonais ? Une tribune récente relance ce débat, en s'appuyant notamment sur des échanges entre des agents de la Société d'énergie et d'eau du Gabon et le chef de l'État. De quoi interroger la manière dont les problèmes remontés du terrain sont, ou non, transformés en décisions concrètes.

Quand l'eau et le courant deviennent un test grandeur nature
À Libreville comme à l'intérieur du pays, les coupures d'eau et d'électricité restent un sujet de conversation quotidien, presque un baromètre de confiance envers les services publics. C'est dans ce contexte qu'une tribune publiée récemment prend pour exemple des échanges entre des agents de la SEEG et le Président de la République, au cours desquels des difficultés de terrain et des propositions auraient été exposées.
Selon les éléments dont nous disposons, cette rencontre a mis en lumière des constats de personnel directement confronté aux pannes de réseau, aux retards de maintenance ou aux tensions avec les usagers. Nous restons toutefois prudents sur le détail exact des échanges, une seule source documentant pour l'heure cet épisode.
L'évaluation, un mot qui fâche ou qui sert ?
L'idée centrale de la tribune est simple à formuler, plus difficile à mettre en œuvre : l'évaluation des politiques publiques ne doit plus être un rituel administratif qu'on archive une fois le rapport signé, mais un mécanisme qui engage réellement l'État à corriger ce qui ne fonctionne pas. Autrement dit, faire remonter un problème ne suffit pas ; encore faut-il qu'il débouche sur une décision, un budget, un calendrier de travaux.
Pour beaucoup de Gabonais, cette distinction n'a rien d'abstrait. Une coupure d'eau à Owendo ou une panne de transformateur à Franceville touche directement les familles, les commerces, les écoles. Si les témoignages d'agents de terrain ne servent qu'à nourrir un dossier, la confiance s'érode. S'ils débouchent sur des investissements et un suivi, la relation entre l'usager et le service public change de nature.
Ce que cela suppose concrètement
Institutionnaliser l'évaluation, cela veut dire fixer des indicateurs clairs — taux de coupures, délais d'intervention, plaintes traitées — et les rendre publics à intervalles réguliers. Cela suppose aussi des mécanismes de retour vers les usagers, pour qu'ils sachent si leurs signalements ont eu un effet.
Rien n'indique à ce stade qu'un dispositif formel de ce type ait été annoncé à la suite des échanges évoqués avec la SEEG. La proposition reste, pour l'instant, une piste de réflexion portée dans le débat public. Elle pose néanmoins une question que beaucoup se posent déjà devant leur robinet ou leur compteur : qui vérifie, et qui rend des comptes ?
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