Financements climat : le Gabon hausse le ton à New York
À la tribune de l'ONU, la ministre gabonaise de la Planification réclame un accès plus direct aux fonds climatiques et biodiversité.
En marge du Forum politique de haut niveau des Nations unies, à New York, le Gabon a porté sa voix pour réclamer une réforme des circuits de financement climatique mondial. La ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, a plaidé pour un accès plus direct et plus équitable aux fonds censés protéger les forêts et la biodiversité — un enjeu qui, très concrètement, touche les communautés qui vivent au quotidien à côté de ces forêts.

New York, siège de la mission permanente de l'Union africaine, mi-juillet. C'est là, en marge du Forum politique de haut niveau (HLPF) — le grand rendez-vous annuel de l'ONU sur le développement durable — qu'a été présenté un rapport conjoint de l'OCDE et de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF/IFDD), consacré à l'accès aux financements pour le climat et la biodiversité.
Devant un parterre de diplomates et d'experts internationaux, Louise Pierrette Mvono, ministre gabonaise de la Planification et de la Prospective, a pris la parole pour défendre les intérêts de son pays. Son message : les mécanismes actuels de financement climatique, souvent lourds, lents et passant par de multiples intermédiaires, ne profitent pas assez aux pays comme le Gabon qui protègent déjà d'immenses surfaces de forêt.
Pourquoi ça nous concerne, nous les Gabonais
Le Gabon, c'est près de 88% de couverture forestière, l'un des taux les plus élevés au monde. Ces forêts stockent du carbone, abritent une biodiversité exceptionnelle — éléphants de forêt, gorilles, panthères — et font vivre, directement ou indirectement, des villages entiers de l'Estuaire à l'Ogooué-Ivindo.
Quand un pays préserve sa forêt plutôt que de l'exploiter à outrance, il rend un service à toute la planète. En théorie, ce service doit être rémunéré par des fonds internationaux dédiés au climat. En pratique, l'argent met des années à arriver, passe par des circuits complexes, et une bonne partie se perd en frais de gestion avant même d'atteindre le terrain — les gardes forestiers, les projets de reboisement, les communautés riveraines des parcs.
C'est précisément ce que dénonce la ministre : un système à revoir pour que les fonds arrivent plus vite et plus directement là où le travail de conservation se fait réellement.
Un rapport qui pointe les blocages
Le rapport présenté à New York, piloté par l'OCDE et l'OIF/IFDD, dresse un constat partagé par plusieurs pays africains et francophones : les engagements mondiaux pris lors des grandes conférences climatiques restent trop souvent des promesses sur le papier, loin de se traduire en actions concrètes sur le terrain.
Pour le Gabon, qui a fait de la préservation de ses forêts un axe fort de sa politique nationale, l'enjeu est de taille. Le pays a besoin de moyens pour financer la surveillance de ses parcs nationaux, la lutte contre le braconnage, ou encore l'accompagnement des populations locales vers des activités économiques compatibles avec la préservation de l'environnement.
Ce que le Gabon a demandé, concrètement
Selon les échanges rapportés lors de cette rencontre, la ministre a insisté sur la nécessité d'un accès plus direct et plus équitable aux financements, sans passer systématiquement par des intermédiaires internationaux qui allongent les délais et réduisent les montants effectivement perçus par les pays bénéficiaires.
C'est un plaidoyer que le Gabon porte depuis plusieurs années dans les instances internationales, notamment autour de la notion de crédits carbone — ces certificats qui permettent, en théorie, de valoriser financièrement la préservation des forêts.
Et maintenant ?
Ce genre de plaidoyer diplomatique ne change pas la vie des Gabonais du jour au lendemain. Mais il pose les bases d'un rapport de force : plus les pays forestiers comme le Gabon se font entendre ensemble sur ces scènes internationales, plus les chances augmentent de voir, à terme, des financements arriver plus vite vers les projets de terrain — ceux qui profitent aux villages riverains des forêts, aux emplois de garde-parc, à la protection de la faune.
À suivre : les suites concrètes données à ce rapport, et la capacité du Gabon à transformer ce plaidoyer en engagements financiers effectifs pour ses forêts.
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