Société

Greffiers gabonais : neuf mois d’attente, la colère gronde

Promulguée en octobre 2025, la loi sur le statut des greffiers reste lettre morte faute de décrets d’application.

Neuf mois après sa promulgation, la loi n°023/2025 portant statut particulier des greffiers n’a toujours pas de décrets pour la faire vivre. Résultat : ces agents, chevilles ouvrières discrètes de nos tribunaux, attendent toujours de voir leur nouveau statut se traduire dans leur quotidien. Une attente qui, selon nos informations, nourrit un mécontentement croissant au sein de la corporation.

Un greffier assis à son bureau dans un tribunal, entouré de dossiers et de registres.
Les greffiers assurent au quotidien la tenue des audiences et des registres dans les tribunaux gabonais.

Une loi votée, mais qui ne produit encore aucun effet

Le 7 octobre 2025, le Gabon adoptait la loi n°023/2025 portant statut particulier des greffiers. Sur le papier, c'est une avancée : ce texte devait clarifier la carrière, les grades et les conditions de travail d'une profession trop souvent restée dans l'ombre des magistrats et avocats.

Mais neuf mois plus tard, selon nos informations, aucun décret d'application n'a encore été publié. Sans ces textes réglementaires, la loi reste, dans les faits, inopérante. Un greffier peut avoir un nouveau statut sur le papier sans qu'aucune de ses conséquences concrètes — reclassement, grille salariale, avancement — ne s'applique réellement.

Le greffier, ce rouage invisible de la justice

On parle peu des greffiers, et pourtant rien ne fonctionne sans eux. C'est le greffier qui rédige les procès-verbaux d'audience, tient les registres du tribunal, authentifie les actes de justice et assure la continuité administrative entre chaque étape d'une procédure. Sans greffier, pas d'audience valablement tenue.

Cette réalité de terrain, tout justiciable gabonais qui a un jour attendu une décision de justice, un extrait de jugement ou un acte d'état civil délivré par un tribunal, la connaît sans forcément la nommer. Le greffier est ce visage derrière le guichet, souvent débordé, qui fait tourner la machine judiciaire au quotidien.

Une attente qui pèse sur la corporation

Selon des sources concordantes, le mécontentement grandit au sein de cette profession qui se sent tenue en suspens. Une loi promulguée mais sans traduction pratique, c'est une promesse en pointillé : on annonce une reconnaissance statutaire, mais les intéressés n'en voient encore aucun effet tangible sur leur bulletin de salaire ou leur déroulement de carrière.

Ce genre de décalage entre le texte voté et sa mise en œuvre n'est pas propre au Gabon, mais il fragilise la confiance envers l'action publique lorsqu'il se prolonge. Neuf mois, c'est long pour des agents qui attendaient un signal concret de considération.

Ce que cela change, ou pas encore, pour les Gabonais

Pour le justiciable ordinaire, la question peut sembler technique. Elle ne l'est pas complètement : un corps de greffiers mieux statutairement reconnu, mieux rémunéré et mieux organisé, c'est potentiellement une justice qui traite les dossiers plus rapidement, avec moins de retards administratifs qui s'accumulent dans les tribunaux du pays, de Libreville à Franceville.

Tant que les décrets d'application ne sont pas publiés, cette amélioration reste virtuelle. La réforme existe dans les textes ; elle n'existe pas encore dans les tribunaux.

Et maintenant ?

La publication des décrets d'application est désormais le seul acte qui peut donner corps à cette loi. Sans eux, le statut particulier des greffiers restera une intention généreuse, mais sans effet. Le Crieur suivra la parution de ces textes, dont l'absence continue d'alimenter l'attente — et l'inquiétude — d'une profession qui tient, en silence, une partie du bon fonctionnement de la justice gabonaise.

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