Intelligence artificielle : le Gabon absent de la carte africaine
Pendant que Kigali, Lagos, Casablanca et Johannesburg se taillent des places fortes dans l'IA africaine, le Gabon mise encore sur la dématérialisation des papiers administratifs.
Une carte du continent se dessine à grande vitesse autour de l'intelligence artificielle, et l'Afrique centrale n'y figure nulle part. Le Gabon, lui, brandit son programme Gabon-Digital comme réponse. Selon des éléments recueillis, ce chantier relève surtout de la dématérialisation d'actes administratifs, pas de la construction d'une véritable filière d'intelligence artificielle.

Une carte où l'Afrique centrale n'existe pas
La course à l'intelligence artificielle sur le continent a déjà ses champions. Kigali s'impose comme le laboratoire qui écrit les règles du jeu pour l'Afrique, Johannesburg fait tourner les machines, Casablanca concentre la puissance de calcul et Lagos forme les cerveaux qui alimenteront demain les start-up du secteur. Sur cette carte qui se précise mois après mois, l'Afrique centrale n'apparaît tout simplement pas, selon des éléments recueillis.
Le constat n'est pas anodin pour un pays comme le Gabon, qui aime se présenter comme un hub régional. Sans centre de calcul, sans pôle de formation dédié, sans stratégie nationale affichée sur le sujet, difficile de peser dans une course où les places se prennent maintenant, pas dans dix ans.
Gabon-Digital, une dématérialisation pas une révolution
Face à ce retard, l'argument souvent avancé est le programme Gabon-Digital. Le problème, selon des éléments recueillis, c'est la confusion qu'il entretient : numériser des actes d'état civil, des demandes de documents administratifs ou des démarches en ligne, ce n'est pas la même chose que bâtir une infrastructure d'intelligence artificielle, avec ses centres de données, ses ingénieurs formés localement et ses usages concrets pour les entreprises et l'administration.
Dématérialiser, c'est utile et ça change déjà le quotidien de nombreux usagers qui n'ont plus à faire la queue devant un guichet. Mais ça ne crée ni emplois qualifiés dans la data, ni compétence locale en IA, ni souveraineté numérique. Deux chantiers, deux ambitions, souvent confondus dans le discours officiel.
Ce que ça change pour les Gabonais
La question n'est pas théorique. Chaque année, des jeunes Gabonais sortent des filières informatiques sans débouchés clairs dans un secteur qui, ailleurs sur le continent, recrute déjà à tour de bras. Sans écosystème local — centres de formation, incubateurs, partenariats avec les universités et les entreprises technologiques — ces talents s'exportent ou se réorientent, faute d'opportunités chez eux.
À défaut d'un virage clair aujourd'hui, le Gabon risque de rester spectateur d'une transformation qui redessine déjà l'économie africaine. Le sujet mérite un débat public plus large que quelques annonces administratives : où, comment et avec qui le pays entend-il exister dans cette nouvelle carte du numérique.
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