Économie

Mines : l'État renonce à 51,8 milliards de francs d'impôt attendu

Une ligne discrète de la loi de finances rectificative révèle une révision spectaculaire de l'impôt sur les sociétés minières.

Dans le budget rectifié promulgué le 17 juillet, l'impôt sur les sociétés attendu du secteur minier a été divisé par plus de trente en quelques mois. De 53,2 milliards de francs CFA prévus initialement, la ligne budgétaire est tombée à 1,47 milliard. Soit un manque à gagner de 51,8 milliards pour les caisses de l'État.

Site minier avec engins et bâtiments industriels au Gabon
Le secteur minier gabonais, longtemps présenté comme un relais de croissance, voit sa contribution fiscale revue fortement à la baisse dans le budget 2024 rectifié.

Une chute de 97% qui interroge

Le chiffre est passé presque inaperçu dans les tableaux annexés à la loi de finances rectificative, mais il pèse lourd. L'impôt sur les sociétés que l'État espérait percevoir du secteur minier cette année s'établissait à 53,2 milliards de francs CFA dans le budget initial. Il ne représente plus, dans la version corrigée, que 1,47 milliard.

Aucune autre catégorie de recettes n'a connu un ajustement d'une telle ampleur sur la période. La baisse touche un secteur qui, ces dernières années, a été présenté comme l'un des relais de croissance du pays, aux côtés du pétrole et du bois.

Ce que représentent 51,8 milliards

Pour donner une mesure concrète, une telle somme équivaut, selon l'ordre de grandeur, à plusieurs dizaines de kilomètres de routes bitumées ou à la construction de nombreux établissements scolaires. Autant dire que ce manque à gagner n'est pas anodin pour un budget national qui doit financer à la fois les salaires des fonctionnaires, les infrastructures et les programmes sociaux.

À ce stade, les raisons précises de cette révision n'ont pas été détaillées publiquement. Elle peut résulter de plusieurs facteurs distincts : une baisse de la production ou des cours des minerais, des exonérations fiscales accordées à certains opérateurs, ou encore une correction technique d'une prévision initiale jugée trop optimiste. Sans communication officielle sur ce point, il serait hasardeux d'en privilégier une plutôt qu'une autre.

Une transparence encore à construire

Ce type d'écart entre prévisions et recettes réelles n'est pas propre au Gabon, mais il pose une question simple pour les citoyens : où va l'argent qui n'est finalement pas collecté, et qui en bénéficie ? Les administrations compétentes, à commencer par le ministère de l'Économie et des Finances, sont les mieux placées pour éclairer ce point.

En attendant, ce chiffre de 51,8 milliards rappelle une réalité vécue au quotidien par beaucoup de Gabonais : les recettes minières, souvent présentées comme une manne, restent soumises à des aléas qui peuvent priver l'État de ressources attendues pour financer les services publics dont dépend la population.

À lire aussi