Oligui Nguema veut la vérité sur les recettes de l'État
Le chef de l'État réclame un audit complet des exonérations fiscales et douanières pour savoir où part vraiment l'argent public.
Combien l'État gabonais perd-il chaque année en cadeaux fiscaux mal ciblés ? C'est la question que pose, selon nos informations, le président de la République en ordonnant un audit complet des exonérations accordées aux entreprises. Une mesure qui, si elle est suivie d'effets, pourrait changer la donne pour les finances publiques et, in fine, pour les services rendus aux Gabonais.

On connaît la scène : une entreprise s'installe au Gabon, négocie une exonération de taxes « pour encourager l'investissement », et personne ne vérifie jamais, dix ans plus tard, si cette faveur a vraiment créé des emplois ou simplement gonflé des marges. Cette pratique serait aujourd'hui dans le viseur du président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui aurait donné instruction de passer au crible l'ensemble des avantages fiscaux et douaniers accordés aux sociétés opérant sur le territoire.
Faire le tri entre bons et mauvais cadeaux fiscaux
L'objectif affiché est simple à comprendre, même s'il est difficile à mettre en œuvre : distinguer les exonérations qui profitent réellement à l'économie nationale de celles qui n'apportent rien en retour, sinon un manque à gagner pour le Trésor public. Concrètement, cela signifie reprendre dossier par dossier les avantages consentis à des entreprises — parfois depuis plusieurs années — et vérifier s'ils sont toujours justifiés.
Ce travail de vérification, encore à ses débuts selon nos informations, viserait à donner à l'État une visibilité claire sur ses recettes réelles. Un État qui sait précisément combien il collecte, et combien il renonce à collecter, est un État mieux armé pour bâtir un budget sincère.
Pourquoi ça concerne chaque Gabonais
Derrière ce vocabulaire de comptables se cache une réalité très concrète pour les ménages. Chaque franc CFA d'exonération injustifiée est un franc qui ne finance pas une école, un centre de santé ou une route. À l'inverse, récupérer des recettes fiscales mal orientées peut, à terme, alléger la pression sur d'autres contribuables ou financer des priorités sociales.
Les régies financières — la Direction générale des impôts et la Direction générale des douanes en tête — sont directement dans la ligne de mire de cette exigence de transparence. Ce sont elles qui, au quotidien, appliquent ou accordent ces exonérations, et c'est sur elles que repose désormais la charge de rendre des comptes clairs.
Une promesse à vérifier dans les actes
Reste une question, et elle n'est pas anodine : un audit annoncé n'est pas un audit conduit jusqu'au bout, ni un audit dont les conclusions sont suivies de décisions concrètes. Les Gabonais ont déjà vu, par le passé, des chantiers de réforme fiscale s'enliser une fois l'annonce faite. L'information mérite donc d'être suivie avec attention dans les prochaines semaines, en particulier sur deux points : le calendrier de cet audit, et la publication — ou non — de ses résultats.
Si la démarche va jusqu'au bout, elle s'inscrirait dans la continuité d'un discours de rupture avec les pratiques opaques de gestion des finances publiques, un thème récurrent depuis l'arrivée du nouveau pouvoir. Le Crieur reviendra sur ce dossier dès que de nouveaux éléments seront confirmés.
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