La BEAC étudierait l'entrée du yuan dans ses réserves
Une piste encore à l'étude qui pourrait redessiner la gestion de l'argent commun à six pays, dont le Gabon.
Selon des informations non encore confirmées officiellement, la Banque des États de l'Afrique centrale envisagerait d'ajouter le yuan chinois à ses réserves de change. Rien n'est acté, mais l'idée mérite qu'on s'y arrête : elle toucherait directement à la monnaie que nous utilisons tous les jours, le franc CFA.

Une piste, pas encore une décision
Parlons clair : à ce stade, aucune décision officielle n'a été annoncée par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), l'institution basée à Yaoundé qui gère la monnaie commune aux six pays de la CEMAC, dont le Gabon. Ce qui circule, ce sont des informations selon lesquelles la BEAC réfléchirait à intégrer le yuan chinois, aussi appelé renminbi, dans ses réserves de change.
Une réserve de change, pour faire simple, c'est l'épargne en devises étrangères qu'une banque centrale garde de côté. Elle sert à payer les importations, à rassurer les créanciers et à défendre la valeur de la monnaie locale en cas de coup dur. Actuellement, ces réserves sont très majoritairement composées d'euros, en raison de l'arrimage historique du franc CFA à la monnaie européenne.
Pourquoi le yuan, et pourquoi maintenant
Cette réflexion, si elle se confirme, ne sortirait pas de nulle part. La Chine est devenue, ces dernières années, l'un des tout premiers partenaires commerciaux de plusieurs pays d'Afrique centrale, Gabon compris, via les infrastructures, le bois, le manganèse ou le pétrole. Faire davantage de commerce en yuan plutôt qu'en dollar ou en euro réduirait la dépendance aux fluctuations de ces deux monnaies et aux frais de conversion qui pèsent sur chaque transaction.
D'autres banques centrales africaines et de pays émergents ont déjà amorcé ce mouvement de diversification, séduites par le poids économique croissant de Pékin. Mais intégrer une monnaie dans des réserves suppose aussi de la confiance dans sa stabilité et sa liquidité sur les marchés internationaux — des critères que le yuan ne remplit pas encore totalement selon plusieurs analystes.
Et pour les Gabonais, concrètement ?
On pourrait se demander en quoi cela nous concerne, nous, à Libreville, Port-Gentil ou Franceville. La réponse tient en un mot : stabilité. Le franc CFA que nous utilisons pour payer le loyer ou faire les courses au marché du Mont-Bouët dépend directement de la solidité des réserves gérées par la BEAC.
Si la banque centrale diversifie ses avoirs avec une monnaie liée à un partenaire commercial important comme la Chine, cela pourrait, en théorie, mieux protéger le pouvoir d'achat régional face aux chocs venus d'Europe ou des États-Unis. Mais cela pourrait aussi introduire de nouveaux risques, si le yuan lui-même connaît des turbulences, la Chine ayant sa propre politique monétaire, parfois difficile à anticiper depuis Libreville.
La prudence reste de mise
À ce jour, une seule source évoque cette orientation, et la BEAC elle-même n'a rien confirmé publiquement. Il serait donc prématuré de parler de tournant acté. Ce dossier illustre surtout une tendance de fond : celle d'une Afrique centrale qui cherche à ne plus dépendre d'un seul partenaire monétaire.
Le Crieur suivra ce dossier de près. Si une annonce officielle venait à confirmer cette orientation, elle aurait des conséquences bien réelles sur la vie économique de millions de Gabonais — et nous serons là pour l'expliquer, sans jargon inutile.
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