Société

Prisons et cellules de garde à vue : Libreville veut un registre unique

Le ministre de la Justice a ouvert un atelier pour harmoniser le suivi de toutes les personnes détenues au Gabon.

Prisons, commissariats, brigades de gendarmerie : combien de personnes y sont détenues, et dans quelles conditions ? Pour tenter de répondre enfin avec précision, le Garde des Sceaux Augustin Emane a lancé mardi à Libreville un atelier technique consacré à la validation d'un registre harmonisé des lieux de privation de liberté. Un chantier discret mais qui touche directement à la façon dont l'État gabonais surveille, ou pas, ce qui se passe derrière les barreaux.

Salle de réunion à Libreville lors d'un atelier ministériel sur la justice
L'atelier technique s'est ouvert mardi à Libreville, réunissant magistrats, policiers, gendarmes et responsables pénitentiaires.

Dans une salle de Libreville, mardi, magistrats, officiers de police judiciaire, gendarmes et responsables pénitentiaires se sont retrouvés autour d'un même dossier : comment savoir, à tout moment, qui est enfermé où et pourquoi. Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux et chargé des Droits humains, Augustin Emane, a ouvert officiellement les travaux, couplés à une session de formation destinée aux acteurs de la chaîne pénale sur les pratiques de détention conformes aux droits de l'homme.

Un carnet de bord commun pour tous les lieux de détention

Au Gabon comme ailleurs, une personne privée de liberté peut se retrouver dans des endroits très différents : cellule de garde à vue d'un commissariat, chambre de sûreté d'une brigade de gendarmerie, maison d'arrêt, centre de rétention. Chacun de ces lieux a longtemps eu ses propres registres, tenus à sa façon, avec ses propres oublis.

Un registre harmonisé, c'est justement l'idée d'un même modèle de fiche, les mêmes informations obligatoires, dans tous ces lieux. Concrètement : identité de la personne détenue, date et heure d'entrée, motif, autorité qui a ordonné la mesure, date de sortie. De quoi éviter qu'un dossier se perde entre un commissariat et un tribunal, ou qu'une famille tourne en rond pendant des jours pour savoir où se trouve un proche arrêté.

Ce que ça change, sur le terrain

Pour un justiciable ou sa famille, un registre bien tenu, c'est d'abord la garantie de pouvoir retrouver une trace officielle d'une arrestation. C'est aussi un outil pour les autorités elles-mêmes : mieux compter les détenus permet de mieux gérer la surpopulation dans les lieux de détention, un problème régulièrement pointé dans les prisons gabonaises.

À terme, ce type de document uniformisé facilite également le travail des instances de contrôle — inspections, visites de terrain — qui peuvent comparer des données comparables d'un établissement à l'autre plutôt que des registres tenus au petit bonheur.

Une formation pour accompagner le changement

L'atelier ne s'est pas limité à la validation d'un document technique. Une session de formation a été organisée en parallèle pour les professionnels de la chaîne pénale, sur les pratiques de détention respectueuses des droits humains. Un registre bien conçu ne sert à rien si les personnes chargées de le remplir, jour après jour dans un commissariat de quartier ou une maison d'arrêt, ne sont pas formées à le faire correctement et à connaître les règles minimales de traitement des personnes détenues.

Le ministre a salué, à cette occasion, l'appui du Système des Nations Unies au Gabon, représenté par sa Coordinatrice résidente, Fatou Aminata Lo. Un soutien qui illustre la dimension internationale de ce dossier : le Gabon s'aligne ici sur des standards suivis par plusieurs pays de la région confrontés aux mêmes difficultés de suivi des personnes détenues.

Et maintenant ?

Cet atelier reste, à ce stade, une étape technique : celle de la validation d'un outil. Sa mise en œuvre effective, dans chaque commissariat, brigade et établissement pénitentiaire du pays, sera l'épreuve de vérité. Le Crieur suivra la manière dont ce registre harmonisé se traduit, ou non, en amélioration concrète pour les personnes détenues et leurs familles.

À lire aussi