Société

Recensement : six Gabonais sur dix vivent dans l'Estuaire

Une seule province sur neuf concentrerait la majorité de la population du pays, selon les premières données évoquées du recensement.

Libreville et sa périphérie pèseraient à elles seules près de 60% de la population gabonaise, contre une poignée de pourcents pour certaines provinces de l'intérieur. Un déséquilibre démographique qui, s'il se confirme, dit beaucoup de la vie quotidienne au Gabon : des écoles bondées dans la capitale, des villages qui se vident, et des services publics sous tension d'un bout à l'autre du pays.

Vue aérienne d'un quartier dense de Libreville avec habitations rapprochées et circulation
Libreville et sa périphérie concentreraient une large majorité de la population gabonaise, selon les premières données évoquées du recensement.

On le savait déjà en marchant dans les rues de Libreville, coincé dans les embouteillages de la Nationale 1 ou en cherchant une place dans une école du quartier Nzeng-Ayong : la capitale et sa périphérie tirent tout le pays vers elles. Des données évoquées autour du dernier recensement général de la population et des logements (RGPL) viennent poser un chiffre sur cette intuition partagée par tous les habitués de la ville : près de 60% des Gabonais vivraient dans la seule province de l'Estuaire.

Ce chiffre, s'il se confirme dans le détail des résultats officiels, mérite d'être pris avec la prudence qui s'impose : il provient à ce stade d'une seule source, et devra être recoupé avec les publications complètes de l'organisme en charge du recensement. Mais l'ordre de grandeur, lui, ne surprend guère ceux qui vivent au quotidien la pression démographique sur Libreville, Owendo ou Akanda.

Une capitale qui absorbe tout

Sur les neuf provinces que compte le Gabon, une seule capterait donc la majorité absolue des habitants du pays. Le Haut-Ogooué et l'Ogooué-Maritime suivraient loin derrière, chacune avec une part de la population largement inférieure à celle de l'Estuaire.

Cette concentration n'est pas un hasard démographique : elle raconte des décennies de migrations internes. Des familles quittent Lambaréné, Mouila ou Tchibanga pour chercher du travail, une place à l'université ou un accès plus simple aux soins, direction Libreville. Résultat : la capitale et sa périphérie absorbent l'essentiel de la croissance urbaine, migratoire et économique du pays, tandis que d'autres provinces peinent à retenir leurs forces vives.

Ce que ça change pour les Gabonais

Pour un habitant de Libreville, ce déséquilibre se traduit très concrètement : des classes surchargées dans les établissements scolaires de la capitale, des files d'attente à répétition dans les centres de santé, une pression continue sur le logement et les transports. Un Gabonais sur deux, ou presque, vit et cherche un emploi dans un espace urbain déjà saturé.

À l'inverse, dans les provinces les moins peuplées, c'est un autre défi qui se pose : maintenir des services publics de proximité — écoles, dispensaires, marchés — pour des populations plus dispersées et souvent vieillissantes, quand les jeunes générations partent tenter leur chance dans la capitale.

Un signal à confirmer, un enjeu à suivre

Ces premiers chiffres, encore à consolider, posent en tout cas une question d'aménagement du territoire que les autorités devront regarder de près : comment mieux répartir les investissements publics, les infrastructures et les opportunités économiques sur l'ensemble des neuf provinces, pour que vivre à Mouila, Makokou ou Tchibanga ne signifie plus systématiquement être éloigné des services essentiels.

Le Crieur suivra la publication des résultats détaillés du recensement, province par province, pour vérifier si ces tendances se confirment — et surtout, ce qu'elles impliquent concrètement pour les politiques de développement local dans les mois à venir.

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