Économie

Transformer nos ressources ici : le pari gagnant pour le Gabon ?

Deux experts plaident pour que le bois, le manganèse ou le pétrole gabonais soient travaillés au pays avant de partir à l'étranger.

Une tribune publiée récemment relance un débat vieux comme l'indépendance du pays : pourquoi le Gabon continue-t-il d'exporter l'essentiel de ses richesses à l'état brut ? Pour ses auteurs, la Ve République a une carte à jouer en misant sur la transformation locale, gage de vraie souveraineté économique. Décryptage d'un enjeu qui touche, au final, à l'emploi et au quotidien de milliers de familles.

Port gabonais avec cargaisons de bois et de minerai en attente d'exportation
Le bois et le manganèse quittent souvent le Gabon avant toute transformation poussée.

Le constat d'un pays riche mais qui exporte trop de matière brute

Le Gabon regorge de bois, de manganèse, d'or et de pétrole. Mais l'essentiel de ces richesses part encore vers l'étranger sans être travaillé sur place, privant le pays d'une bonne partie de la valeur ajoutée qu'elles pourraient créer. C'est le point de départ de la tribune signée par le géopolitologue Jonathan Ndoutoume et un autre spécialiste, publiée récemment, qui appelle à faire de la transformation locale un pilier de la Ve République.

Leur idée n'est pas neuve : elle rappelle les débats qui avaient accompagné, il y a plus d'une décennie, l'interdiction d'exporter le bois brut. Mais elle prend un relief particulier aujourd'hui, alors que le pays cherche à construire une économie moins dépendante des cours mondiaux des matières premières, qui font et défont les budgets de l'État au gré des marchés.

Ce que ça changerait concrètement pour les Gabonais

Transformer une ressource sur place, c'est ouvrir des usines, des scieries, des unités de traitement — donc des emplois pour les jeunes de Libreville, Owendo ou Moanda, plutôt que de laisser cette valeur se créer à l'étranger. C'est aussi, selon les auteurs, une façon de faire remonter davantage de recettes dans les caisses de l'État, avec des retombées attendues sur les routes, les hôpitaux ou les écoles des provinces productrices.

Les deux experts insistent : la souveraineté économique ne se décrète pas, elle se construit avec des infrastructures, de la formation professionnelle et une volonté politique constante. Sans usines pour traiter le manganèse ou le bois, sans techniciens formés pour les faire tourner, la matière première continuera de sortir du pays presque telle qu'elle a été extraite.

Un chantier de longue haleine, pas une baguette magique

La tribune reste prudente : elle pose un cap plus qu'elle ne détaille un calendrier ou des mesures précises déjà actées. C'est une contribution au débat, portée par des voix universitaires, pas une annonce gouvernementale. Reste que le sujet touche directement le quotidien : chaque camion de grumes ou de minerai brut qui quitte le port d'Owendo sans transformation est, pour ces auteurs, une occasion manquée de créer de la richesse ici, chez nous, plutôt que de la laisser filer ailleurs.

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