Un accident au travail, et personne ne sait quoi faire ?
Au Gabon, très peu de salariés savent réagir face à un malaise ou une blessure sur leur lieu de travail — un vide qui coûte parfois la vie.
Une chute sur un chantier, une brûlure en cuisine, un malaise dans un bureau climatisé : ces scènes du quotidien peuvent virer au drame quand personne autour ne sait poser les bons gestes. Malgré un Code du travail modernisé en 2021, la formation aux premiers secours reste le parent pauvre de la prévention en entreprise au Gabon.

Sur les chantiers de Libreville, dans les ateliers d'Owendo ou les bureaux climatisés du centre-ville, l'accident du travail ne prévient jamais. Une chute d'échafaudage, une électrocution légère, un malaise cardiaque à quarante ans : le scénario est banal, presque quotidien. Ce qui l'est moins, c'est la réaction de l'entourage professionnel dans les minutes qui suivent.
Car c'est bien là le nœud du problème. La santé et la sécurité au travail ne sont pas de simples formalités administratives : elles relèvent d'un droit fondamental des travailleurs, et constituent aussi un levier de performance pour les entreprises comme pour les administrations. Un salarié qui se sent protégé travaille mieux. Une entreprise qui sait gérer l'urgence limite les dégâts humains et financiers.
Un Code du travail sur le papier, des réflexes qui manquent sur le terrain
Le Gabon a pourtant fait un pas important en 2021, avec l'adoption d'un Code du travail rénové, censé mieux encadrer la prévention des risques professionnels. Sur le papier, le texte existe. Dans les faits, la culture du secourisme en entreprise reste encore largement à construire.
Combien d'ateliers, de garages, de sociétés de sécurité ou de PME disposent aujourd'hui d'au moins un salarié formé aux gestes qui sauvent ? La question mérite d'être posée franchement, car la réponse, on le devine, n'est pas flatteuse. Entre l'adoption d'une loi et son application concrète sur le terrain, il y a souvent un fossé — et c'est précisément dans ce fossé que se jouent, parfois, des vies.
Ce que ça change, concrètement, pour les Gabonais
Un secouriste formé en entreprise, ce n'est pas un gadget RH. C'est la personne qui sait mettre un collègue en position latérale de sécurité en attendant les secours, qui sait comprimer une plaie qui saigne, qui garde son sang-froid quand tout le monde panique. Dans les premières minutes d'un accident, ce sont souvent ces gestes simples, et non l'arrivée d'une ambulance, qui font la différence entre une frayeur et une tragédie.
Pour les employeurs, investir dans cette formation représente aussi une protection : moins d'arrêts prolongés, moins de complications évitables, un climat de travail plus serein. Pour les salariés, c'est une garantie concrète que leur sécurité n'est pas qu'un slogan affiché dans le hall d'entrée.
Une exigence à porter par tous, pas seulement par la loi
La responsabilité ne peut pas reposer sur le seul texte du Code du travail. Elle engage les employeurs, qui doivent intégrer la formation aux premiers secours dans leurs obligations réelles et non symboliques. Elle engage aussi les administrations, qui gagneraient à accompagner ce mouvement par des contrôles et des incitations plutôt que par de simples rappels à l'ordre.
Au bout du compte, former des secouristes en milieu de travail n'est pas une dépense superflue. C'est un investissement discret, mais décisif, dans la vie de celles et ceux qui, chaque matin, partent travailler en pensant en revenir en bonne santé le soir.
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