Politique

Pegasus : trois proches du pouvoir gabonais visés par une enquête d'espionnage

Une enquête internationale évoque une possible surveillance marocaine de Noureddin Bongo, Brice Laccruche Alihanga et Jean Ping au cœur de la crise de succession de 2018.

Selon une enquête reprise ce jour, les services de renseignement marocains auraient utilisé le logiciel espion Pegasus pour surveiller trois figures politiques gabonaises au moment où Ali Bongo, victime d'un accident vasculaire cérébral, était hospitalisé au Maroc. Les noms cités sont ceux de Noureddin Bongo Valentin, de l'ex-secrétaire général de la présidence Brice Laccruche Alihanga et de l'opposant Jean Ping. À ce stade, ces éléments restent à confirmer et aucune réaction officielle n'a été recueillie.

Illustration d'un smartphone entouré d'icônes évoquant la surveillance numérique
Le logiciel espion Pegasus permettrait d'aspirer à distance les données d'un téléphone infecté, sans que son propriétaire ne s'en aperçoive.

Une crise de succession sous haute surveillance

L'affaire remonte à octobre 2018. Ali Bongo Ondimba est victime d'un accident vasculaire cérébral à Riyad et se retrouve hospitalisé à Rabat pendant plusieurs mois. Le pays plonge alors dans une zone grise institutionnelle, entre rumeurs sur l'état de santé du président et bataille feutrée pour le contrôle du pouvoir.

C'est précisément dans cette période trouble que le logiciel espion Pegasus aurait été déployé contre plusieurs personnalités gabonaises, d'après une enquête internationale portée par un réseau de journalistes d'investigation. Ce programme, conçu par une société israélienne, permet en théorie d'aspirer à distance les messages, appels et contacts d'un téléphone infecté, sans que son propriétaire ne s'en rende compte.

Qui sont les personnes visées

Trois noms circulent : Noureddin Bongo Valentin, fils du président et alors en pleine ascension dans l'appareil d'État ; Brice Laccruche Alihanga, secrétaire général de la présidence à l'époque et homme fort du sérail ; et Jean Ping, ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2016 et figure de l'opposition. Trois profils très différents, mais tous en position d'influer, à des degrés divers, sur l'issue de la crise politique ouverte par la maladie du chef de l'État.

L'enquête évoque une possible implication des services marocains, sans que l'on sache précisément pour quel objectif ces surveillances auraient été menées. Aucune des personnes citées n'a pour l'heure pu confirmer ou infirmer publiquement avoir été ciblée, et la prudence reste de mise sur un dossier qui repose sur une source unique à ce stade.

Ce que cela dit du Gabon d'aujourd'hui

Pour beaucoup de Gabonais qui ont vécu cette période dans l'incertitude, ces révélations viennent rappeler à quel point les mois qui ont suivi l'AVC du président ont été un moment de fragilité pour les institutions du pays. Que des puissances étrangères aient pu s'y intéresser de près, par des moyens aussi intrusifs qu'un logiciel espion, pose une question simple : qui protège la vie privée et la sécurité des responsables gabonais, y compris de ceux qui ne sont pas au pouvoir ?

À ce jour, aucune autorité gabonaise ni marocaine n'a réagi officiellement à ces informations. Le dossier Pegasus a déjà éclaboussé plusieurs chefs d'État et diplomates à travers le monde ; reste à savoir si des vérifications techniques viendront un jour confirmer, ou dissiper, les soupçons pesant sur ce nouvel épisode gabonais.

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